Gestion des oiseaux déprédateurs en grandes cultures – Effarouchage
Parmi les mesures qui permettent de limiter les dégâts causés par les corvidés, on trouve l'effarouchement. Cet article présente une liste des possibilités et ce qui a été testé dans le cadre du projet « GEODE ». En 2025, le projet « ETHIC » a également été lancé ; il vise à optimiser l'effarouchement des corvidés grâce à l'intelligence artificielle. Des prototypes sont testés, alliant détection automatique des oiseaux et signaux sonores ciblés.
Détonations (pétards, fusées sifflantes, canons à gaz) à des intervalles irréguliers. Utilisation limitée si proche des zones d’habitations. Espacer les tirs pour éviter l’effet d’accoutumance et améliorer l’efficacité.Bande sonore (cris ponctuels de prédateurs, de détresse et de signaux de gêne physiologique).
Effet à durée limitée (quelques jours), méthode adaptée aux parcelles de petite surface (max. 5 ha).
Des systèmes intelligents capables de reconnaître la présence des oiseaux sont disponibles et pourraient prolonger la durée d’efficacité de la mesure (System BirdAlert).
Investissement coûteux. Besoin d’avoir accès à un réseau mobile et un pilotage par smartphone.
Détection des oiseaux dans un rayon de 250 m.
⚠️Éviter d’activer le dispositif sonore en continu sur une journée entière, car cela favorise l’habituation des oiseaux et perturbe inutilement le voisinage.
Ballons à l’hélium
Investissement coûteux en temps et en argent et durée de vol limitée.
Différentes tailles et différentes matières : latex ou avec une très fine couche d‘aluminium. Un diamètre > 70 cm est recommandé.
La couleur n’a pas d’incidence sur l’efficacité.
Mise en place : gonfler le ballon à l’hélium, le fixer à un fil de pêche (résistance > 5 kg) de 20 à 30 m de longueur, et l’ancrer dans le champ à l’aide d’un piquet ou d’une pierre.
⚠️Une autorisation est requise si un aérodrome se situe dans un rayon de 3 km. Vigilance obligatoire à proximité des lignes à haute tension.
Cerfs-volants
Modèles aériens flottants imitant les oiseaux de proie.
Le dispositif doit être repositionné fréquemment (tous les 1 à 3 jours) pour prévenir l’habituation.
Mise en œuvre relativement facile et flexible.
Corbeaux morts suspendus
En collaboration avec les gardes-faune.
Suspendre ou placer des carcasses de corbeaux morts sur des plateformes surélevées (suffisamment hautes pour éviter la prédation du renard ou autre) directement dans les champs.
⚠️Cette méthode peut heurter la sensibilité de la population.
Silhouettes et corbeaux morts suspendus
Figure 1 : Silhouette de corbeau utilisée pour les essais. (Source : AGRIDEA)
En partenariat avec les gardes-faune, au moment des semis de maïs, des carcasses de corbeaux (capturés en hiver et congelés) et de silhouettes de corbeaux morts ont été fixées en haut de poteaux ; en 2022 à Cadenazzo (TI) et en 2023 à Gudo (TI).
Résultats 2022(faible pression des corvidés)
Les carcasses ont paradoxalement attiré les corvidés : certains individus semblaient venir inspecter leurs congénères, s’approchant parfois à moins d’un mètre. Les silhouettes se sont révélées plus efficaces pour tenir les oiseaux à distance.
Résultats 2023(faible pression des corvidés)
Bien que les parcelles équipées de carcasses et de silhouettes ont été les moins fréquentées par les corvidés, c’est la parcelle contrôle (sans dispositif) qui a eu le meilleur rendement.
Bilan et perspectives
Les deux années d’essais ont été marquées par une faible pression des corvidés, ce qui ne permet pas de tirer de conclusions définitives sur l’efficacité des carcasses. L’impression générale est que la densité de carcasses nécessaire par parcelle serait si élevée que la méthode devient difficilement praticable. Des études complémentaires seraient nécessaires, notamment pour analyser l’effet de la suspension d’un individu tué lors d’une attaque directement dans la parcelle durant les jours suivants. Cette variante pourrait se révéler plus prometteuse.
Figure 2a : Nr. total de plantes de maïs au stade 4ème feuille sur 10 m selon le traitement en 2022. (Source : AGRIDEA)
Figure 2b : Nr. total de corvidés selon le traitement du 19 avril 2022 au 7 mai 2022. (Source : AGRIDEA)
Figure 3a : Nr. total de plantes de maïs au stade 4ème feuille sur 10 m selon le traitement en 2023. (Source : AGRIDEA)
Figure 3b : Nr. total de corvidés selon le traitement du 26 mai 2023 au 5 juin 2023. (Source : AGRIDEA)
Impressum
Collaboration professionnelle : Cette série d’articles est le fruit d’un projet de recherche financé par l’Office fédéral de l’agriculture intitulé « Gestion des oiseaux prédateurs et prévention des dégâts dans les cultures », mené entre 2021 et 2024 auquel les personnes suivantes ont collaboré: A. Baux (Agroscope), L. Bernasconi (AGRIDEA), A. Chantoufi (Agroscope), G. D’Adda (Ufficio della consulenza agricola), D. Fleury (OCAN), D. Francois (Fenaco), R. Grandgirard (Grangeneuve), F. Hofmann (Section chasse pêche et espèces VD), R. Lardelli (Ficedula), D. Martin (Proconseil), A. Stampanoni (Ufficio caccia e pesca) et Gioele Pinana (Ufficio caccia e pesca) Photo de couverture : L. Bernasconi (AGRIDEA)
Gestion des oiseaux deprédateurs en grandes cultures