Gestion des oiseaux déprédateurs en grandes cultures – Pratiques culturales
Semis direct, en bandes fraisées ou strip-till dans un paillage
Ces techniques, souvent utilisées en agriculture de conservation, consistent à ne pas labourer le sol du tout ou à ne travailler que la zone où la semence sera déposée, laissant le reste du sol couvert de résidus de culture ou de végétation.
- Semis direct : les semences sont déposées dans un sol non travaillé, recouvert de végétaux ou de résidus végétaux.
- Strip-till : technique idéale pour maïs et sorgho, qui consiste en un travail superficiel du sol à une profondeur de 15 à 20 cm sur des bandes d’env. 20 cm de large. Le semis doit être effectué en une deuxième étape : GPS recommandé. Vitesse : env. 10 km/h.
- Bandes fraisées : le sol est fraisé en bandes et l’intensité de travail est supérieure à celle du strip-till. Les résidus de la culture précédente ne sont pas déplacés sur le côté, mais fraisés et incorporés au sol. Le semis est effectué lors du même passage. Vitesse : env. 5 km/h.
En théorie, le semis de maïs et de tournesol dans une couche de paillis végétal peut protéger partiellement les semences et les jeunes plants contre la déprédation des corvidés. L’effet protecteur est double : d’une part, le sol ferme est plus difficile à déplacer pour les oiseaux, d’autre part, la végétation entrave leurs mouvements tout en camouflant les plantules. L’ensemencement sur des bandes fraisées ou strip till ne s’est pas avéré aussi efficace.
Les observations de terrain ne sont pas très concluantes : il est très difficile d’anticiper les attaques, et les parcelles test peuvent ne pas être attaquées, rendant toute conclusion impossible. Au cours de la première année d’essai, la technique semble avoir fonctionné dans certains cas, puis plus du tout. Dans certains cas, les résultats d’une année à l’autre étaient contradictoires (cf. données TI). Certains observateurs ont également relevé que, lors de faible pression des corvidés, la baisse de rendement due au semis direct n’est pas compensée, tandis que lors de forte pression, la technique ne garantit pas une protection suffisante.
Par ailleurs, le passage à l’agriculture de conservation implique de revoir l’ensemble de la technique culturale : lutte contre les adventices, gestion des parasites et maladies, fertilisation (cf. classeur AGRIDEA, fiche 1.2.1). Il convient donc de bien peser les avantages et les inconvénients avant de s’engager dans cette voie.
Ces techniques peuvent également être utilisées en agriculture biologique, mais avec plus de difficultés. En effet, l’impossibilité de désherber, que ce soit chimiquement ou mécaniquement, expose la culture de printemps à un risque accru d’infestation et il est assez difficile d’apporter à temps l’azote (maïs) et le phosphore nécessaires.
Semis direct du maïs dans un paillis de pois d’hiver ou de seigle (bio)
En 2022 et 2023, à Gudo (TI) une bande de maïs en semis direct a été comparée à une bande de maïs semé sur un sol travaillé.
- 2022 (faible pression des corvidés): le nombre de plants de maïs au stade quatre feuilles dans les deux parcelles n’était pas significativement différent entre les deux parcelles, mais la variante labourée comptait davantage de plants. Le nombre d’oiseaux posés sur la parcelle en semis direct était nettement supérieur (1:4 pour les corbeaux et 1:10 pour les pigeons; Figures 1A et 1B).
- 2023 (faible pression des corvidés) : le nombre de plants de maïs au stade quatre feuilles ne différait pas significativement, mais, contrairement à 2022, la variante en semis direct comptait davantage de plants. Le nombre de corbeaux sur la parcelle en semis direct était cette fois inférieur (écart d’environ 1 : 2) à celui observé sur la parcelle travaillée (Figures 2A et 2B). Pour les pigeons, la tendance de 2022 s’est confirmée, dans des proportions moindres (environ 1 : 2).




Semis direct du tournesol dans un paillis de seigle (conventionnel)
En 2023, à Grangeneuve, un essai a été mené afin d’évaluer le dosage d’un herbicide appliqué avant le semis, dans le but de détruire le seigle de couverture tout en limitant la quantité utilisée au strict minimum. Les résultats montrent qu’une dose de 0,7 l/ha de glyphosate (sans correcteur pH) est insuffisante pour détruire un seigle en pleine vigueur. En revanche, une dose de 1,5 l/ha permet d’obtenir une destruction complète, mais suffisamment lente pour maintenir l’effet de « protection du seigle » jusqu’à ce que le tournesol dépasse le stade sensible.
Semis direct du tournesol dans un couvert céréalier
En 2024 et 2025, à Changins, quatre modalités ont été comparées :
- Contrôle (pas de couvert, semis direct)
- Avoine de printemps (semis direct, semée fin février)
- Seigle d’automne (strip-till, seigle semé fin octobre)
- Seigle d’automne (bande fraisée, seigle semé fin octobre)
Dans les deux années, les couverts ont été détruits avant le semis du tournesol afin d’éviter toute compétition.
Les deux années présentaient des pressions d’oiseaux contrastantes (2024 : faible ; 2025 : forte). Dans les deux cas, le semis du tournesol dans un couvert céréalier n’a pas réduit significativement les dégâts par rapport au contrôle (Figure 3). Une part de cette variabilité est attribuable à la structure même du couvert : la canopée du seigle était plus développée en 2024 qu’en 2025. Cette variabilité interannuelle de la biomasse et de la structure du couvert est fréquente et difficile à maîtriser. Par ailleurs, la pression des oiseaux elle-même varie d’une année à l’autre. Un éventuel effet protecteur du couvert peut être masqué lors d’années à forte pression (2025) ou paraître négligeable lors d’années à faible pression (2024).
⚠️ Ces résultats reposent sur une seule parcelle par année (n = 2 années) et ne permettent pas de généralisation. Ils soulignent toutefois l’importance de considérer conjointement la qualité du couvert et le niveau de pression aviaire avant de conclure à l’efficacité de la mesure.

Semis direct du tournesol entre des lignes de féverole
En 2022, un essai a été mis en place à Villars-Sainte-Croix (VD) avec l’objectif de créer des barrières visuelles dans la parcelle afin que les corvidés se sentent peu en sécurité. Il a été constaté à plusieurs reprises que, dans des parcelles attaquées en bordure de haie, de bosquets ou le long de parcelles de colza bien développé, la partie adjacente restait épargnée. En effet, Les corvidés préfèrent les espaces ouverts et évitent de s’alimenter à proximité d’éléments de végétation dense (haies, bosquets, cultures hautes) où des prédateurs pourraient se dissimuler.
La féverole d’automne a été retenue pour jouer ce rôle de barrière visuelle tout en étant gérable au printemps, soit avec un herbicide (variété tolérante à l’Express), soit par une destruction mécanique par roulage. Les féveroles ont été implantées au semoir monogerme à 50 cm d’interligne, et le tournesol semé au milieu de deux lignes de féveroles au printemps.
En première année d’essai, un témoin sans féverole a été laissé dans la parcelle et un piège photo installé au moment du semis. La parcelle n’ayant pas subi de dégâts dans une zone pourtant fortement touchée par des attaques les années précédentes, nous avons conclu à une efficacité du système. Le témoin n’a cependant pas subi de dommages conséquents et le piège photo n’a pas permis de justifier une présence accrue de corvidés dans le témoin.
La méthode a été utilisée avec succès une seconde année mais les corvidés ont montré des signes d’habituation, et dès la troisième année, l’effet n’a plus été suffisant.

Sous-semis
Pour contrer la prédation des corvidés, cette technique consiste à effectuer le semis d’une deuxième espèce simultanément avec le semis de la culture principale (cf. classeur AGRIDEA, fiche B.2.7).
Semis de maïs avec et sans blé comme plante compagne
En 2023 à Essertes (VD) une parcelle de maïs a été semée en bandes pour comparer différents enrobages avec/sans semis simultané de blé comme plante compagne. Le but recherché ici est d’obtenir une germination simultanée du blé et du maïs afin de leurrer les oiseaux et de diluer les attaques. En effet, les corvidés ne s’attaquent pas uniquement au maïs mais aussi aux pousses de blé (des dégâts ont parfois été observés dans des parcelles de blé d’automne isolées mais surtout dans des parcelles de céréales de printemps).
Dans cette parcelle un deuxième essai a été mis en place avec des enrobages de semences différents. Les résultats de cette partie sont présentés dans l’article sur les enrobages mais les modalités sont néanmoins présentes sur la Figure 5.
Le blé a été semé lors de la préparation du sol (combiné de semis) pour le semis du maïs, le jour précédent à hauteur de 100 kg par ha (blé prélevé directement de la récolte précédente) à une profondeur d’environ 2 cm. Le maïs a été implanté avec un semoir monogerme dans ce sol préparé.
La germination du blé a été rapide, et la levée plus rapide par rapport au maïs. Une forte présence de corneilles a été observée sur la parcelle avec des dégâts importants sur la partie sans blé. La partie avec blé a été beaucoup moins impactée par les dégâts. Les corneilles se sont en effet aussi attaquées aux plantes de blé.
Le blé a été ensuite éliminé avec le désherbage du maïs au stade 2-4 feuilles. Un désherbage mécanique pourrait aussi être envisagé. En cas de forte pression de corvidés, une grande partie est déjà détruite par ces derniers.
Le graphique ci-dessous présente les résultats des comptages effectués, soit le pourcentage de plantes manquantes, évalué sur 4 lignes et 300 m de longueur.

Impressum
Collaboration professionnelle : Cette série d’articles est le fruit d’un projet de recherche financé par l’Office fédéral de l’agriculture intitulé « Gestion des oiseaux prédateurs et prévention des dégâts dans les cultures », mené entre 2021 et 2024 auquel les personnes suivantes ont collaboré: A. Baux (Agroscope), L. Bernasconi (AGRIDEA), A. Chantoufi (Agroscope), G. D’Adda (Ufficio della consulenza agricola), D. Fleury (OCAN), D. Francois (Fenaco), R. Grandgirard (Grangeneuve), F. Hofmann (Section chasse pêche et espèces VD), R. Lardelli (Ficedula), D. Martin (Proconseil), A. Stampanoni (Ufficio caccia e pesca) et Gioele Pinana (Ufficio caccia e pesca)
Photo de couverture : D. Martin (Proconseil)